Inspection ou accompagnement ?
Pas plus tard que ce matin j'ai discuté avec une enseignante d'un projet de module de formation qu'elle souhaite organiser au cours de l'année scolaire prochaine pour ses collègues disciplinaires des établissements voisins. Nous nous étonnions de n'avoir pas eu de réponses des inspecteurs pédagogiques régionaux sur cette proposition alors qu'elle avait transmis son projet voila plusieurs semaines. Or, les propositions sont à formuler pour aujourd'hui dernier délai auprès de la délégation académique. Nous avons donc pris la décision, malgré l'absence d'avis préalable, de transmettre cette demande...
Pourquoi cette hésitation ?
Cette collègue a des scrupules à formuler cette proposition car depuis qu'elle est enseignante elle n'a jamais été inspectée ! Elle se pose donc la question de sa légitimité à être une formatrice du fait de l'absence d'évaluation de ses compétences...
Cette situation est loin d'être isolée, dans sa discipline, au sein de l'établissement, trois autres professeurs sont dans le même cas !
Que dire d'une autre situation que j'ai croisée d'une collègue enseignant depuis une trentaine d'années et qui n'a jamais reçu d'inspecteur dans un de ses cours !...
Aujourd'hui cette question revient dans l'actualité éducative car le ministère confie aux chefs d'établissement la responsabilité de deux "entretiens de carrière" à 2 et 20 ans d'ancienneté. Horreur, on ose solliciter ces personnes pour parler évolution professionnelle plutôt qu'aux inspecteurs !
Un syndicat des inspecteurs d'académie se penche sur cette question et il est intéressant de lire le résultat d'une réflexion sur cette question. On lit alors :
- "Tous [enseignants et inspecteurs] ont conscience qu'il serait nécessaire de revoir les modalités d'évaluation des enseignants, mais aucun n'accepte que l'évaluation des compétences didactiques et pédagogiques puisse être menée par le chef d'établissement."
- "Lorsqu'on inspecte le même enseignant quelques années plus tard, on a parfois le sentiment de faire un "copier-coller" des conseils figurant dans le raport précédent."
- "L'absence de continuité et d'accompagnement dans la mise en oeuvre des conseils est l'une des principales faiblesses du système."
Ce(s) constat(s) sont instructifs !
Je pourrai rajouter à ces remarques les "agitations" que provoquent les annonces d'une inspection. Cela ma laisse toujours perplexe quant à la véracité de la situation d'enseignement proposée, alors, à l'inspecteur ce jour là !
L'auteur du texte évoque des pistes pour faire évoluer l'inspection, pour aller vers un accompagnement. Mais à aucun moment n'est évoqué une véritable concertation avec les chefs d'établissement, une véritable collaboration dont tout le monde pourrait tirer profit.
Cela ne fonctionne pas mais ils ne faut pas que l'évaluation soit réalisée par le chef d'établissement ! C'est dit très rapidement dans ce texte : le premier extrait ci-dessus est tiré du deuxième paragraphe...
C'est, à mon sens, édifiant et affligeant...
Il n'est plus question du principal ou proviseur jusqu'à l'avant dernier paragraphe de ce document pour rappeler qu'il évalue l'enseignant sur le plan administratif. Il est écrit également qu'on lui accorde d'observer une leçon, qu'il peut participer aux réunions d'équipe convoquées par l'inspecteur. Mais, il a un rôle de développement d'actions transversales ou de projets éducatifs mais c'est tout ! Comment faire sans se "méler" de pédagogie ?
Qui est donc ce chef d'établissement si peu digne de confiance ?
C'est, dans la grande majorité, un professionnel de l'enseignement ou éducatif avant d'être un chef d'établissement.
C'est une personne aux carrefours des remontés d'informations : familles, élèves, enseignants pour ne citer qu'eux.
C'est une personne cotoyant les enseignants au quotidien.
C'est une personne qui a une vision avec un certain recul et largeur (au minimum du niveau de l'établissement).
C'est une personne soumise à la mobilité géographique et qui connaît donc plusieurs établissements et, par conséquent, des pratiques pédagogiques différentes.
Le chef d'établissement n'a-t-il donc aucune légitimité pour intervenir dans l'évaluation d'un enseignant ? Pour les accompagner dans l'évolution de leur pratique ?
Il semble qu'à la lecture de ce qui précède, la réponse paraît évidente...
Par ailleurs, bon nombre d'enseignants le savent, le sentent et viennent nous voir pour aborder ces questions, solliciter un avis.
C'est une fois de plus soit une position qu'on pourrait qualifier de corporatiste, soit une volonté de remettre les chefs d'établissement dans un rôle uniquement administratif qu'on veut leur voir tenir et que les évolutions récentes ont fait bouger. N'est-il pas dit, que les chefs d'établissement sont les premiers pédagogues des établissements et, plus encore, les reponsables de la bonne mise en oeuvre des programmes et de la pédagogie au sein de l'établissement ? Comment, alors, tenter de les mettre à l'écart ?