Formation des enseignants ?
Un certain nombre de documents (de syndicats, conférence des directeurs d’IUFM, rapport…) ont été publiés ces dernières semaines sur la formation et le recrutement des enseignants et qui mettent en exergue plusieurs « défauts » dans ces processus. Les principales critiques concernent à la fois un contenu peu en adéquation avec la réalité, un calendrier et des modalités jugés inadaptés.
Globalement, il est intéressant de noter que les reproches se concentrent essentiellement sur le fait que les candidats ont du mal à gérer leur formation et la préparation du concours de recrutement. La crainte est également évoquée d’une « perte » d’étudiants pour les masters recherche. Les IUFM craignent pour leur avenir. Enfin que faisons-nous des « reçus-collés » ?
J’ajouterai la question récurrente de l’entrée en fonction ainsi que celle de la rémunération des candidats…
Pour ma part je trouve surprenant que nous ayons eu besoin de créer des masters d’enseignement ! N’aurions-nous pas pu prendre une autre option qui consistait à organiser des certificats complémentaires en master (voire dès la licence) ? Cela permettrait notamment de couper court à la crainte de « concurrence » entre les masters recherche et ceux d’enseignement comme nous le connaissons actuellement.
Il est vrai que cela renvoie également à un autre débat, franco-français, de savoir quels sont les objectifs de nos universités : recherche ou professionnalisation… D’un côté des écoles préparant à des métiers mais qui accueillent de plus en plus des centres de recherche et des universités toutes tournées vers la recherche. Dans cette logique universitaire, l’orientation d’étudiants vers l’enseignement n’est alors vécu que comme un pis aller : permettre une reconversion à ceux qu’il n’est pas possible d’accueillir dans les structures de recherche… Voire donner la possibilité d’en rémunérer certains pour qu’ils poursuivent des travaux universitaires ! Dans ce contexte la priorité est bien donnée à l’acquisition de connaissances disciplinaires et donc peu ou pas tournée vers une acquisition de posture professionnelle.
Nous agissons, encore aujourd’hui, comme si il n’était pas nécessaire de se former pour être enseignant. La « garantie » d’un bon professeur est la maîtrise d’une quantité importante de savoirs disciplinaires universitaires ! J’ai encore en mémoire une remarque d’un de mes professeurs d’université disant que « enseigner, cela s’apprend en classe »…
Aujourd’hui nous hésitons toujours !
J’en veux pour preuve ces débats sur le calendrier du concours. Nous sommes effectivement dans une position intenable puisque nous n’avons toujours pas vraiment tranché cette question de la formation préalable au recrutement. Les étudiants doivent mener de front les deux… Certains cherchent, coûte que coûte, à conserver ce principe du recrutement avant toute formation qui prévalait jusqu’à présent. Je vois deux corollaires :
- Nous ne recrutons pas des enseignants sur des critères professionnels mais bien de savoirs universitaires disciplinaires,
- Que faisons-nous de ceux qui ne correspondent pas ?
En toile de fond apparaît la question de la rémunération… Un fonctionnaire stagiaire est rémunéré (et recruté) !
Nous le voyons bien maintenant, le débat des enseignants débutant sans formation n’a pas lieu d’être car c’était bien la situation qui prévalait jusqu’à présent. L’idée de former les étudiants en amont est, à mon sens, salutaire et correspond à un vrai besoin si tant est qu’il n’y est pas de volonté de revenir en arrière. C’est une véritable crainte car, aujourd’hui, tout autant que les modalités de préparation, la nature des épreuves des concours de recrutement est remise en cause. On revient à un recrutement disciplinaire. Et c’est normal puisque nous voulons les positionner avant que les candidats aient fini leur formation !
C’est d’autant plus illogique de recruter sur le savoir universitaire puisque les établissements d’enseignement supérieur valident déjà cette maîtrise par la délivrance des licences et masters… Ne ferions-nous pas confiance aux universités ?
Mieux encore, les propositions actuelles permettent de réaliser des stages devant des classes. Pour ma part je pense qu’ils devraient même être obligatoires.
Envisageons-nous un futur ingénieur qui n’irait pas en entreprise avant d’être diplômé ?
Dans le contexte actuel, un étudiant réalisant un stage est par ailleurs bien mieux rémunéré qu’un futur ingénieur… Là encore, il s’agit d’une réelle avancée puisque, jusqu’à présent, il fallait réussir le concours d’enseignant pour connaître ce qu’est une classe !
Qu’il faille encore réfléchir à l’entrée dans le métier, qu’il soit nécessaire de réfléchir à un accompagnement, que nous devions avoir une réelle réflexion sur la formation continue, j’en conviens très facilement. Ce que je conçois plus difficilement ce sont les contre-vérités qui sont dites aujourd’hui au prétexte de conserver une situation antérieure particulièrement inadaptée qui était néfaste autant pour l’institution que pour ceux qui désirent être enseignant. Nous leurrions les étudiants sur le métier, sur ses conditions d’exercice. Par ailleurs, une fois recruté, si ceux-ci rencontrent des difficultés, personne n’a le courage de le leur dire. Ils refusent souvent d’ailleurs de l’entendre et c’est logique puisque leur grille d’analyse ne correspond pas à la réalité du métier. Tout le monde, ou presque, est perdant dans cette situation mais nous préférons envisager un nouveau « toilettage » des modalités de recrutement plutôt que de revoir en profondeur, à la fois, la formation, le recrutement et l’accompagnement des enseignants. Dommage !